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ALAIN SÉCHAS — Abstraction, abstraction !, Les Tanneries, Amilly, France


  • Les Tanneries – Centre d’art contemporain d’intérêt national 234, Rue des Ponts Amilly, Centre-Val de Loire, 45200 France (map)

L’exposition Abstraction, abstractions ! se propose d’explorer la vitalité d’une des pratiques fondatrices de l’histoire de l’art moderne et contemporain en posant des questions simples : que reste-t-il aujourd’hui de l’abstraction ? Quelles formes prend-elle ? Comment se réinvente-t-elle ou se déploie-t-elle dans la création actuelle ? À travers une sélection d’œuvres réalisées depuis la fin du XXe siècle jusqu’à nos jours, Thierry Davila, historien de l’art et conservateur de musée, commissaire de cette exposition, propose une traversée critique et sensible d’un territoire aussi vaste qu’insaisissable.

L’exposition ne cherche pas à figer l’abstraction dans une définition unique — d’où son titre au pluriel, vibrant comme un écho démultiplié. Elle y est envisagée comme un champ mouvant, traversé par des intentions diverses, des formes hétérogènes et des géographies éloignées. Elle peut être rigoureuse ou intuitive, picturale ou sculpturale, radicale ou décorative, critique ou poétique.

Philippe Decrauzat et Ad Minoliti, par exemple, explorent l’abstraction chromatique et optique, jouant sur la couleur, la géométrie et les illusions visuelles pour créer des expériences sensorielles intenses. Dans un registre sculptural, Katinka Bock et Franz Erhard Walther investissent l’espace avec des matériaux bruts (le métal, le coton brut, le cuivre, la terre cuite), produisant des structures modulables qui interrogent la matérialité des formes et l’engagement corporel du spectateur. Jacques Julien et Pascal Pinaud, quant à eux, développent des dispositifs abstraits (des alphabets d’objets, pour le premier, et des constructions puissamment décoratives, pour le second), tandis que William Anastasi et Edgar Sarin transforment le hasard en paysage linéaire intense et la répétition du geste en action picturale. Silvia Bächli, de son côté, travaille la couleur et le geste graphique d’une manière à la fois intuitive et construite, pour en révéler les subtiles variations. Christian Robert-Tissot utilise la lettre et le mot comme outils de mémoire, mais aussi comme activateurs de présence, produisant des images qui ne sont ni abstraites, ni figuratives.
Emma Reyes développe une figuration puissamment construite, à la limite de l’abstraction, de même qu’une abstraction colorée très dense. Agnès Thurnauer propose notamment un ensemble de tableaux construits autour d’un seul et même motif qui sont autant de variations abstraites potentiellement infinies. Alain Séchas traite le plus simple des gestes – tracer une ligne – d’une manière picturale, tandis que Delphine Reist explore l’espace à partir de dispositifs ludiques qui sont en profonde résonance avec l’histoire de l’abstraction (le cercle, la ligne).

Nicolas Aiello crée un dessin paysage à partir d’un geste minutieux et minéral, proposant ainsi une manière de dispositif graphique archéologique, et Francis Alÿs mêle performance et geste pictural étendu à l’échelle d’une ville, dans une vidéo qui réinvente plastiquement la figure de l’homme qui marche. Enfin Philippe Gronon photographie les objets à l’échelle 1:1 pour les transformer en purs et simples monochromes.   

L’exposition explore ainsi les multiples facettes de l’abstraction, langage visuel devenu dans l’histoire plus qu’un style, une attitude, une façon de faire. Le parcours propose une cartographie ouverte, transgénérationnelle et transnationale, associant figures établies et artistes moins connus du public français. Chaque œuvre dialogue avec ses voisines tout en affirmant sa singularité : les surfaces géométriques et colorées de Decrauzat et Minoliti répondent aux explorations tridimensionnelles de Bock et Walther ; les interventions processuelles d’Anastasi se mêlent aux investigations sur le langage et sur la géologie graphique de Christian Robert-Tissot et Nicolas Aiello, tandis que les tableaux de Reyes et Thurnauer proposent, chacun à sa façon, une manière d’abstraction organique.

Artistes : Nicolas Aiello, Francis Alÿs, William Anastasi, Silvia Bächli, Katinka Bock, Philippe Decrauzat, Philippe Gronon, Jacques Julien, Ad Minoliti, Pascal Pinaud, Delphine Reist, Emma Reyes, Christian Robert-Tissot, Edgar Sarin, Alain Séchas, Agnès Thurnauer, Franz Erhard Walther / Commissaire : Thierry Davila