Gérard Traquandi, Ici là
Musée Cantini, Marseille, France
2021
L’exposition « ici là » regroupe des œuvres réalisées ces dix dernières années par Gérard Traquandi. Ce sont essentiellement des peintures, des aquarelles et des dessins. Certaines œuvres inédites - grands formats peints en 2020 - sont présentées pour la première fois au Musée Cantini.
Le parcours se déroule dans les espaces du rez-de-chaussée avec une progression « dans la couleur ». La galerie introductive est entièrement consacrée aux dessins et aquarelles pour certaines réalisées en 2020 durant la période de confinement. Réalisés sur le motif « et non d’imagination », ils représentent des arbres, des paysages du midi de l’Estérel, de la Corse ou encore de la Toscane. Ainsi se crée un contraste entre l’aspect figuratif et classique de la pratique du dessin de Gérard Traquandi et sa pratique picturale où s’efface toute forme de figuration. Seules la matière et la couleur sont alors les sujets de ses grandes toiles peintes spécifiquement pour le grand espace du Musée Cantini. À travers ces œuvres, l’artiste n’utilise plus de pinceau mais applique directement sur la toile posée au sol des empreintes de papier ou de tissu chargés de peinture.
« C’est une manière pour moi de ne plus travailler avec des pinceaux. De créer une distance entre la toile et mon geste qui s’efface au profit des aléas, de ce que je ne peux maîtriser. C’est comme une empreinte de mes pas sur la neige, une manière ici de me voir sans être là » L’un des salons du musée est également aménagé pour que les visiteurs puissent se détendre et consulter des ouvrages de référence, sources de son univers, tels Les contes de la véranda d’Herman Melville, Trois contes de Flaubert, Montagnes d’une vie de Walter Bonatti, L’Amant de Lady Chatterley de D.H. Lawrence etc.
Le peintre Gérard Traquandi vise à retranscrire les « petites sensations » que lui procure son humble observation de la nature à travers une gamme de couleurs subtile soutenant les modulations de la lumière.
Tel un alchimiste, il a mis au point une technique lui permettant de capturer les effets du hasard en appliquant des transferts de papiers ou de tissus chargés de peintures sur des surfaces encore humides peintes à l’aide de « jus » ou de glacis. Ces empreintes de matière aléatoires donnent à la toile une dimension vibrante et tactile, irradiant la surface picturale par ses nuances dégradées.
Ses couleurs irisées, nacrées, voire sacrées, Gérard Traquandi les puise dans ses voyages, ses montagnes du Queyras ou encore parmi les coloris changeants et acides des peintres maniéristes du XVI e siècle qui lui inspirent des toiles quasi monochromes aux tonalités vives, incandescentes, happant le regard. De la Renaissance italienne, il retient également la spiritualité, par la méditation que procure l’expérience de la contemplation.
Précédant son travail « non figuratif », ses dessins réalisés d’un seul trait, « sans lever la main », et ses aquarelles, pour certaines réalisées récemment en confinement, donnent une place prépondérante aux fleurs, aux paysages et aux motifs de l’arbre. Ces sujets disparaissent totalement dans ses peintures, mais leur trace reste prégnante, comme si ses toiles matérialisaient les traces d’une écorce ou de la neige fondue. Telle une traversée chromatique, l’exposition ici là débute par une sélection d’œuvres graphiques, véritable « colonne vertébrale », traduisant un appel cézannien aux motifs naturels et baroques. Cette introduction fondamentale pour la compréhension de l’œuvre sensible de Gérard Traquandi inaugure un parcours de peintures récentes, sensuelles et radicalement décoratives, certaines inédites, réalisées spécialement pour les espaces du Musée Cantini.
Guillaume Theulière, Conservateur du patrimoine, Commissaire de l’exposition
