2016

Discours prononcé par Gérard Traquandi à l'occasion du vernissage de l'exposition La règle et l'intuition, Abbaye de Montmajour

 Vue d'exposition :  L'île de Montmajour de Christian Lacroix,  solo show Gérard Traquandi, Abbaye de Montmajour, 2013

Vue d'exposition : L'île de Montmajour de Christian Lacroix, solo show Gérard Traquandi, Abbaye de Montmajour, 2013


André Grabar, éminent historien de l art dit a propos de l'art byzantin : "Aux hautes pensées des uns, le métier excellent des autres permettait de trouver une expression adéquat". 
Dans la salle du trésor vous pourrez contempler un chapiteau datant du XIIIe siècle et donc contemporain de l’abbatiale qui l’abrite . Cette œuvre est tout à la fois un élément architectural, une sculpture et l’illustration d’un récit biblique : le sacrifice d’Isaac.
Autant dire que les règles auxquelles l’artiste se soumettait étaient multiples.
Tout comme le lieu patrimonial dans lequel nous nous trouvons cette œuvre ne nous éloigne pas, bien au contraire, elle nous amène à nous interroger sur notre époque : Que sont les règles de l’art aujourd’hui et qui les édicte ? Est-ce que la règle c’est qu’il n’y en ai plus ? Est-ce que c’est de la transgresser, mais alors quelle règle transgresser ?
Depuis des décennies que ce dictat est imposé, le culte du nouveau a fini par produire des néo académismes de toutes sortes.
Cette question qui me semble pertinente et dont nous ne nous soucions plus guère, les artistes réunis ici se là sont sans doute posée, endossant ainsi la tâche de notre tailleur de pierre mais aussi celle de ses commanditaires.
La soit disant "liberté de l’artiste" est en vérité une façon pour la société de se décharger d’une responsabilité dont certains artistes sont conscients  et assument. D’autres abusent de ce statut, produisant les boursouflures, au sens propre comme au figuré, que l'art contemporain nous inflige trop souvent. D’autres enfin oublient tout simplement de se la poser.
Les artistes réunis ici font, à mon sens, partie de la première catégorie.

Revenons à notre chapiteau : l’intime relation entre art et architecture dont il témoigne est un sujet qui m’est cher, habiter l’abbaye en lui gardant toute son intégrité a été mon guide pour concevoir ce parcours la destination des œuvres étant un autre sujet qui ne cesse de me préoccuper .
Le fait que Hans Josephson, Helmut Federle ou Jean Pierre Bertrand aient entretenu des relations privilégiées avec des architectes comme Peter Markli, pour le premier, Roger Diener et d'autres pour le second, Dominique Perrault pour le troisième n’est pas un hasard.
Le fait que Hilma af Klint aie intitulé "POUR LE TEMPLE" la plupart des œuvres qu’elle nous a laissé en héritage, que Stanley Brouwn ou Giovanni Anselmo posent les bases même de notre relation à l’espace et que Bernd Lohaus ai reçu une formation de tailleur de pierre n’est pas un hasard non plus.

J’ai évoqué la règle un dernier mot pour l’intuition. Le petit robert nous dit que "INTUERI" signifie regarder attentivement. C’est le moins que l’on puisse attendre d’artistes qui ambitionnent de dire quelque chose du monde. On peut également espérer de l’intuition du "regardeur" qui a sa part de responsabilité dans l’affaire, et je fais confiance en la votre.